Laissez l'IA vous poser les questions
Votre cerveau trouve mieux quand on l'interroge. Ce qu'en disent la psychologie et les études sur l'IA, et cinq façons de faire de l'IA votre intervieweur.
Ce numéro se lit, se regarde et se vit.
Pas envie de lire ? Voici la version vidéo : quelques minutes qui résument presque tout ce qui suit.
Ou vivez-le : une histoire de 2 minutes sur votre téléphone, où vos choix changent la suite.
Vous cherchez une idée depuis des semaines. Et si la bonne question suffisait ?
Vous avez déjà demandé dix idées à l'IA ?
Dix idées pour une vidéo. Un nom de produit. Une activité à lancer cette année.
Elle vous les donne en quatre secondes. Toutes correctes, toutes bien écrites.
Et vous n'en gardez aucune.
L'IA a bien travaillé.
Le problème, c'est qu'elle a répondu à votre place. Alors que la réponse qui vous intéressait était déjà, en partie, dans votre tête.
Elle ne savait juste pas la chercher.

Ce numéro parle d'un changement tout simple, que presque personne ne fait.
Arrêter de demander des réponses à l'IA. Lui demander de vous poser des questions.
Derrière, il y a bien plus qu'une astuce de prompt : une manière dont le cerveau humain fonctionne, que la psychologie mesure depuis longtemps.
Ce que votre cerveau fait quand on l'interroge
Trois résultats de recherche expliquent presque tout.
1. On retient ce qu'on produit soi-même.
En 1978, deux psychologues, Slamecka et Graf, ont comparé des personnes qui lisaient des mots et d'autres qui devaient les trouver à partir d'un indice.
Celles qui trouvaient s'en souvenaient nettement mieux.
On appelle ça l'effet de génération. Il a été retrouvé dans plus de deux cents études depuis.
Ce que vous trouvez vous-même, vous le gardez. Ce qu'on vous donne, vous l'oubliez.
2. On croit comprendre, jusqu'à ce qu'on doive expliquer.
Demandez à quelqu'un s'il sait comment marche une fermeture éclair. Il dira oui.
Demandez-lui de l'expliquer étape par étape. Il s'arrête au milieu.
Les chercheurs appellent ça l'illusion de profondeur explicative (Rozenblit et Keil, 2002).
Votre projet, votre offre, votre prochaine vidéo : vous avez l'impression de savoir ce que vous voulez. Une bonne question vous montre en dix secondes ce qui manque.
3. On croit davantage ce qu'on a dit soi-même.
Une étude publiée dans l'American Economic Review a suivi des débatteurs de compétitions internationales, à qui on attribuait un camp au hasard.
Après avoir défendu une position, ils y croyaient davantage.
On se convainc soi-même bien mieux que n'importe qui d'autre.

C'est exactement ce que font les bons thérapeutes, les bons coachs et les bons consultants.
Au lieu de vous donner la réponse, ils vous posent la question qui vous la fait trouver.
Et c'est pour ça que vous la suivez ensuite.
Ce que disent les études sur l'IA
On a maintenant des chiffres sur l'IA elle-même. Ils vont dans le même sens.
Mille lycéens et ChatGPT.
En 2025, des chercheurs de Wharton (université de Pennsylvanie) ont publié dans la revue PNAS une expérience avec près de mille lycéens en mathématiques (l'étude).
Avec un ChatGPT classique, leurs notes d'exercices montaient de 48 %.
Mais à l'examen, sans IA, ils faisaient 17 % moins bien que ceux qui ne l'avaient jamais utilisé.
Un deuxième groupe utilisait une version réglée pour guider, sans donner la réponse. Ceux-là n'ont rien perdu à l'examen.

Des étudiants de Harvard.
La même année, un cours de physique de Harvard a comparé un cours en classe très bien fait et un tuteur IA conçu pour poser des questions plutôt que répondre (l'étude).
Avec le tuteur, les étudiants ont appris davantage, et plus vite.
Des professionnels au travail.
Une étude de Microsoft et de Carnegie Mellon sur 319 travailleurs du savoir (la synthèse) montre que plus on fait confiance à l'IA, moins on réfléchit à ce qu'elle produit.
La même IA peut donc vous rendre plus fort, ou vous endormir.
Tout dépend de qui pose les questions.
La technique : faire de l'IA votre intervieweur
Trois règles suffisent.
Une question à la fois. Dix questions d'un coup, et vous répondez vite et mal. Une seule, et vous réfléchissez vraiment.
Aucune idée avant la fin. Tant que l'interview n'est pas finie, elle n'a pas le droit de vous suggérer quoi que ce soit. Sinon, elle vous oriente vers la moyenne, et vous la suivez.
Elle termine avec vos mots. À la fin, elle résume ce que vous avez dit, avec vos phrases, avant de proposer quoi que ce soit. Vous verrez souvent l'idée apparaître dans ce résumé.

Voici le prompt de base. Copiez-le, et remplacez ce qui est entre crochets :
Tu es mon intervieweur. Ton rôle est de m'aider à trouver ma propre réponse, pas de me la donner.
MON SUJET
[ce que vous voulez trouver, décider ou écrire]
CE QUE TU SAIS DE MOI
[votre métier, votre situation, vos contraintes]
COMMENT TU T'Y PRENDS
1. Pose-moi une seule question à la fois, et attends ma réponse.
2. Cherche des faits : un exemple, un client, un chiffre, un moment précis.
3. Si ma réponse est vague, relance avec « Par exemple ? » ou « Pourquoi ? ».
4. Ne propose aucune idée avant la fin de l'interview.
5. Au bout de 7 questions, ou quand je dis « stop », résume ce que j'ai dit en gardant mes mots, puis propose 3 pistes tirées uniquement de mes réponses.
Cinq situations où ça change tout
La même technique, dans cinq contextes très différents.
Pour chacun, ajoutez simplement la ligne indiquée à la fin du prompt de base.
1. Écrire le script d'une vidéo.
Demander « écris-moi un script » donne le script de tout le monde. Faites-vous interviewer sur ce que vous voulez que les gens ressentent, et sur l'histoire vraie que vous avez en tête.
Commence par me demander ce que la personne doit ressentir à la fin, puis cherche avec moi une histoire vraie que j'ai vécue.
2. Choisir une nouvelle activité pour cette année.
C'est la question où l'IA donne les réponses les plus génériques. Pourtant, ce que vous aimez faire, ce que vos clients vous demandent déjà et ce que vous refusez de faire, vous le savez.
Interroge-moi sur ce qu'on me demande déjà sans que je le propose, et sur ce qui me donne de l'énergie ou m'en prend.
3. Trouver un nouveau produit à vendre à vos clients.
Les meilleures offres viennent des phrases de vos clients. L'IA peut vous aider à les retrouver dans votre mémoire.
Fais-moi raconter mes trois dernières conversations avec des clients, et relève les problèmes qu'ils ont décrits sans que je les résolve.
4. Prendre une décision difficile.
Ici, l'IA joue un peu le rôle d'un psychologue. Elle ne décide pas : elle vous aide à voir ce que vous pensez déjà.
Aide-moi à séparer ce que je sais, ce que je crains et ce que je suppose. Demande-moi ce que je conseillerais à un ami dans ma situation.
5. Préparer une présentation ou un post.
Votre point de vue est ce qui vous distingue. L'interview le fait sortir avant que l'IA n'écrive quoi que ce soit.
Cherche l'avis que je défends et que la plupart des gens de mon métier ne partagent pas.
Les limites, honnêtement
Trois cas où cette méthode n'est pas la bonne.
Quand vous avez besoin d'une information. Pour une date, une règle de TVA ou le fonctionnement d'un logiciel, demandez la réponse, puis vérifiez-la.
Quand vous êtes pressé. Une bonne interview prend dix à quinze minutes. Pour un mail de routine, c'est trop.
Quand l'IA oriente ses questions. Une question peut pousser vers une réponse. Si vous sentez qu'elle vous emmène quelque part, dites-lui : « Pose des questions ouvertes, sans supposer la réponse. »
Pour tout le reste, essayez une fois cette semaine.
Prenez la question sur laquelle vous tournez en rond depuis des mois. Collez le prompt. Répondez honnêtement.
Vous serez surpris de ce que vous saviez déjà.
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à très vite,
Salim
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