L'avenir n'a jamais été aussi flou. Voici comment avancer quand même.
Le récit sur l'IA a basculé 26 fois en trois ans. La compétence qui compte maintenant, et un petit outil pour la développer.
Je vais être honnête avec vous : en ce moment, j'ai du mal à voir loin.
Et je ne suis pas le seul. Prévoir sa carrière n'a jamais été simple, mais avec l'IA, on a franchi un cap. Les questions qu'on pouvait se poser sur cinq ans, on peine à se les poser sur un an.
J'ai essayé de dessiner ce que ça fait.

Vous êtes sur une marche, la seule qui soit éclairée. Devant vous, un escalier. Et tout en haut, l'IA, qui se place devant la lumière.
Elle ne vous empêche pas d'avancer. Elle fait pire : elle projette une ombre sur toutes les marches suivantes. On voit la prochaine marche. Rarement celle d'après.
C'est d'ailleurs pour ça que j'écris ces mails. Chaque semaine, j'essaie de voir aussi loin que possible, et de vous rapporter ce que j'y vois. Mais je vous dois une confidence avant d'aller plus loin.
L'IA a changé de récit 26 fois en trois ans
Une équipe d'analystes a relu les titres de huit grands médias économiques (Reuters, Bloomberg, CNBC, AP...) depuis mai 2023. Ils ont compté combien de fois le récit sur l'IA avait basculé de « boom » à « bulle », ou l'inverse.
Résultat : 26 fois. Le plus souvent, un retournement toutes les trois semaines environ.
Le dernier date de la semaine dernière. Le 8 octobre, après un revers sur les revenus d'OpenAI, l'IA était une bulle. Le 9 octobre, « les craintes de bulle s'estompent ». Et le 13, le FMI publiait un rapport avertissant qu'une correction liée à l'IA pourrait secouer l'économie mondiale.
Les experts changent d'avis moins vite que les marchés, mais ils changent aussi. Un jour, l'IA va remplacer la moitié des métiers. Six mois plus tard, c'est une bulle qui ne tiendra pas ses promesses. Puis un nouveau modèle sort, et le balancier repart dans l'autre sens.
On pourrait en conclure que les experts racontent n'importe quoi. Ce serait passer à côté de l'essentiel.
Ils ne changent pas d'avis parce qu'ils sont fous ou girouettes. Ils changent d'avis parce que le terrain bouge sous leurs pieds. Ce qui était vrai au printemps ne l'est plus à l'automne : les outils progressent, les prix baissent, des usages qu'on croyait solides s'effondrent, d'autres apparaissent du jour au lendemain.
Et ça vaut pour moi aussi : ce que je vous écris aujourd'hui, je le nuancerai peut-être dans six mois.
Quand tout bouge à cette vitesse, avoir eu raison une fois ne vaut presque plus rien. Ce qui vaut quelque chose, c'est autre chose.
La compétence que personne n'enseigne
Ce n'est pas savoir écrire un prompt. Ce n'est pas connaître le dernier outil. Ça, ça se périme en quelques mois.
C'est être prêt à changer d'avis, vite, et à rebondir.
Ça a l'air simple. Ça ne l'est pas. Nous sommes tous attachés à nos opinions, surtout quand nous les avons défendues devant notre équipe, notre patron ou nos clients. Changer d'avis ressemble à un aveu d'échec.
Voici un petit outil qui m'aide énormément : datez vos certitudes.
Au lieu de penser « l'IA ne sait pas faire mon travail », pensez « au 14 octobre, l'IA ne sait pas faire mon travail ». Notez-le quelque part. Et relisez-le dans trois mois.
Ça paraît anodin. Mais une certitude datée, on accepte beaucoup plus facilement de la mettre à jour. Elle n'était pas fausse : elle était vraie à une date.
Cinq gestes pour avancer sans tout voir
Concrètement, voici ce que je fais, et ce que je vous conseille :
- Découpez votre travail en tâches. « Mon métier va-t-il disparaître ? » est une question trop grande : elle ne produit que de l'angoisse. « Quelles tâches de ma semaine l'IA fait-elle déjà bien ? » est une question à laquelle on peut répondre ce soir.
- Testez l'IA sur ce qui vous inquiète. Plutôt que de lire des pronostics, essayez. En une heure, vous saurez si votre crainte est fondée, et vous aurez une opinion qui vaut plus que celle des experts sur votre métier : la vôtre.
- Misez sur ce qui vous rend singulier. Votre regard, vos relations, votre goût, vos bizarreries. C'est précisément ce que l'IA imite le moins bien.
- Changez une tâche par mois. Pas tout d'un coup. Une seule tâche, confiée à l'IA ou reprise en main. Puis regardez ce que ça donne, et datez votre conclusion.
- Jugez votre semaine, pas votre carrière. Votre carrière, personne ne la voit en entier en ce moment. Votre semaine, si. Et ce sont les semaines qui font une carrière.
Remarquez une chose : aucun de ces gestes ne suppose de savoir où mène l'escalier. Ils permettent de monter une marche, de regarder, puis d'ajuster.
La lumière est plus proche qu'on ne le croit
Accepter que l'avenir soit flou, ce n'est pas renoncer. C'est arrêter d'attendre une certitude qui ne viendra pas.
Ceux qui s'en sortiront le mieux ne seront pas ceux qui avaient tout prévu. Ce seront ceux qui auront monté le plus de marches, en corrigeant leur route à chaque palier.
La lumière n'est jamais très loin : elle est sur la marche suivante. C'est là que je vous retrouve chaque semaine.
À très vite,
Salim
The Ergon Brief
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