La compétence que l'IA rend plus précieuse que jamais
Je l'ai compris en passant des semaines à fabriquer des vidéos avec l'IA. Ce que c'est, pourquoi elle va faire la différence, et comment la développer.

Ces dernières semaines, j'ai passé une bonne partie de mon temps libre à apprendre un nouveau savoir-faire avec l'IA.
Et ça m'a appris quelque chose que je n'arrive plus à me sortir de la tête.
Vous le savez, le monde de l'IA change très vite.
Ce qui était vrai il y a six mois ne l'est parfois plus aujourd'hui.
Certains principes que l'on croyait solides sont tombés en route.
Mais d'autres tiennent. Et j'essaie de vous les partager ici, numéro après numéro.
Celui d'aujourd'hui, je crois qu'il va compter plus que tous les autres.
C'est une compétence.
Celle qui, à mon avis, va faire la différence entre toutes les personnes qui utilisent l'IA.
L'IA devient de plus en plus facile à utiliser. Tout le monde y aura accès.
Mais cette compétence-là, elle, ne s'achète pas avec un abonnement.
Et elle n'est pas évidente à développer.
Alors aujourd'hui, je vais vous dire ce que c'est.
Je vais vous montrer comment je l'ai découverte, ce que dit la recherche pour la développer, et comment je m'y prends moi-même.
Tout ce que je vais vous dire dans ce numéro vient de là
Depuis quelques semaines, j'apprends à créer des images et des vidéos avec l'IA.
Le côté créatif, celui qu'on voit moins dans cette newsletter.
Et j'ai relancé pour ça une page Instagram que j'avais mise de côté : Access Imagination.
On y transforme des scènes de la vie de tous les jours en petits mondes magiques.
Avant de lire la suite, je vous invite à regarder ces deux vidéos. Elles durent moins de 20 secondes chacune.
D'abord, parce que je pense qu'elles vont vous plaire.
Ensuite, parce que vous comprendrez beaucoup mieux la suite après les avoir vues.


C'est en fabriquant ces vidéos que j'ai compris de quoi je voulais vous parler aujourd'hui.
(D'ailleurs, n'hésitez pas à vous abonner à cette page Instagram. La page a déjà 38 000 abonnés, venus d'anciens posts que je faisais il y a environ 3 ans, sur le même principe. Descendez un peu dans la page pour les voir : vous verrez le chemin parcouru par les IA d'images et de vidéos en deux ou trois ans. C'est fou. Elle par exemple.)
La technique, ça s'apprend vite
Quand on commence la vidéo IA, on croit que tout va se jouer sur la technique.
Les bons outils. Les bons réglages. Les bons prompts.
J'ai appris les bases assez vite.
(J'ai aussi fait beaucoup d'erreurs. Des erreurs qui coûtent cher, croyez-moi. Si ça vous intéresse, je vous les raconterai dans un prochain mail, pour que vous ne les fassiez pas.)
Mais une fois la technique en main, j'ai découvert le vrai problème.
Pour une seule scène, je génère plusieurs versions.
Quatre, cinq, parfois dix.
Elles sont toutes correctes.
Et il faut en garder une.
Celle qui va arrêter le pouce de quelqu'un qui fait défiler Instagram.
À ce moment-là, aucun réglage ne vous aide.
Ce qui choisit, c'est votre goût.
Le goût
C'est la compétence dont je voulais vous parler.
Le goût. Le bon jugement. Savoir reconnaître ce qui est bien.
Je le dis depuis longtemps ici : quand l'IA peut tout faire, savoir choisir devient essentiel.
Mais je ne l'avais jamais senti aussi fort qu'en faisant ces vidéos.
Et en y réfléchissant, je le retrouve partout dans mon travail.
Je refais le site de mon entreprise. L'IA sait faire des sites. Mais quelle version est la bonne ? Et quelle inspiration je lui donne au départ ?
Je lui demande une présentation. Elle me la fait en une minute. Mais comment je sais qu'elle est bonne ?
Je lui demande un texte pour convaincre un client. Elle m'en écrit trois. Lequel je garde ?
L'IA produit, et c'est à vous de juger.
Il y a deux goûts
Quand je parle de goût, je parle de deux choses différentes.
Le premier, c'est le vôtre. Ce que vous trouvez beau, juste, bien fait.
Le second, c'est celui des personnes que vous visez. Vos clients. Votre audience. Ceux qui vont lire, regarder, acheter.
Et les deux ne se ressemblent pas toujours.
Une vidéo peut me plaire et ne pas marcher du tout sur Instagram.
Une présentation peut me paraître élégante et laisser mon client complètement froid.
Le goût qui compte vraiment au travail, c'est le second : savoir ce qui va marcher auprès des personnes que vous visez.
Le vôtre reste précieux. C'est lui qui donne votre style.
Mais c'est le second qui fait les résultats.

Pourquoi il compte deux fois avec l'IA
Le goût intervient à deux moments.
Avant, pour diriger. L'IA a une infinité de possibilités devant elle. Si vous ne lui donnez pas de direction, elle choisit la plus moyenne. Lui dire « fais quelque chose qui ressemble à ça », lui montrer le bon exemple, la bonne référence : c'est déjà du goût.
Après, pour choisir. Elle vous propose plusieurs résultats. Il faut savoir lequel garder, lequel jeter, et quoi lui demander de corriger.

Avant l'IA, produire prenait du temps. On faisait une version, parfois deux.
Aujourd'hui, on peut en avoir dix en une minute.
Plus l'IA produit, plus le choix devient le vrai travail.
Comment se développe le goût
Je me suis demandé si le goût était un don.
Une partie l'est peut-être.
Mais la recherche montre surtout qu'il s'entraîne.
Premier exemple : les joueurs d'échecs. Dans une expérience célèbre des années 1970, on montre une position d'échecs pendant cinq secondes à des maîtres et à des débutants. Les maîtres la reconstituent presque parfaitement, les débutants beaucoup moins. Mais si les pièces sont placées au hasard, l'avantage des maîtres disparaît presque. Leur œil n'est pas meilleur. Il a vu des milliers de vraies parties, et il reconnaît ce qui a du sens.
Deuxième exemple : les tableaux. En 2008, deux chercheurs ont appris à des étudiants à reconnaître le style de douze peintres. Un groupe voyait les tableaux peintre par peintre. L'autre les voyait mélangés, côte à côte. Le second groupe a beaucoup mieux appris à reconnaître les styles. Et la plupart des participants étaient persuadés du contraire.
Le goût se forme en voyant beaucoup d'exemples, et surtout en les comparant.
Il y a aussi une idée que j'aime beaucoup, souvent racontée par l'animateur de radio américain Ira Glass.
Quand on commence quelque chose de créatif, notre goût est souvent meilleur que ce qu'on sait faire. On voit que notre travail n'est pas encore à la hauteur, et c'est frustrant.
Avec l'IA, cet écart change de forme. Elle peut produire au niveau de votre goût, parfois même au-dessus.
C'est donc votre goût qui devient la limite.
Comment je m'y prends
De mon expérience, le goût vient surtout de l'exposition.
Mais d'une exposition consciente.
Pour mes vidéos, ça veut dire passer du temps sur Instagram. Mais pas comme avant.
Je regarde les vidéos qui marchent. Je les revois. Je me demande pourquoi celle-ci m'a arrêté et pas celle d'avant.
Et à force, mon œil apprend à reconnaître ce qui marche et ce qui ne marche pas.
C'est la même chose dans n'importe quel métier.
Vous voulez savoir ce qu'est une bonne présentation ? Regardez celles qui ont convaincu, et celles qui n'ont pas convaincu.
Vous voulez écrire un bon script de vente ? Allez lire ceux qui vendent vraiment.
Vous voulez un beau site ? Ouvrez dix sites de votre secteur, et notez ce que les meilleurs ont en commun.
Pour développer son goût, regarder mieux compte davantage que produire plus.
À garder : votre routine de goût
Dix minutes par jour, dans le domaine où vous voulez progresser.
- Collectez. Gardez dans un dossier les exemples qui ont marché dans votre domaine (une présentation qui a convaincu, une publicité qui vous a arrêté, un mail auquel tout le monde a répondu). Et aussi ceux qui n'ont pas marché.
- Comparez côte à côte. Deux exemples à la fois. Qu'est-ce qui fait que l'un marche et l'autre pas ?
- Pariez avant de regarder. Avant de voir les résultats (les vues, les ventes, les réponses), devinez lequel va marcher. Puis vérifiez. C'est comme ça que votre œil se règle.
- Écrivez ce que vous avez appris. Une phrase. Avec le temps, ces phrases deviennent votre grille de goût.

Et quand vous travaillez avec l'IA, utilisez-la pour entraîner votre œil plutôt que pour choisir à votre place :
Je dois [ce que vous devez produire : une présentation, un texte, une page de site] pour [les personnes que vous visez].
Propose-moi 4 versions vraiment différentes les unes des autres, pas 4 variantes de la même idée.
Ne me dis pas laquelle est la meilleure. Je vais choisir moi-même et t'expliquer pourquoi.
Ensuite, dis-moi honnêtement ce que mon choix révèle de mon goût, et ce que j'ai peut-être manqué en pensant à [les personnes que vous visez].
Vous choisissez d'abord. L'IA vous challenge ensuite.
C'est votre goût qui travaille, et c'est lui qui progresse.
Et vous, dans quel domaine aimeriez-vous développer votre goût ? Abonnez-vous au Brief (c'est gratuit) et répondez à n'importe lequel de nos mails : je lis tout.
L'IA va rendre la production presque gratuite.
Ce qui gardera de la valeur, c'est de savoir quoi lui demander, et quoi garder.
À très vite,
Salim
PS : Si ces vidéos vous ont plu, n'hésitez pas à vous abonner à Access Imagination. La page a déjà 38 000 abonnés, venus d'anciens posts que je faisais il y a environ trois ans, sur le même principe. Descendez un peu dans la page pour les voir : vous verrez le chemin parcouru par les IA d'images et de vidéos en deux ou trois ans. C'est fou.
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