Il y a une chose que je répète à chaque fois qu'on me demande conseil.
Que la "meilleure IA" dépend de la tâche. Que le classement général ne dit rien sur votre cas. Que ce qu'il faut, c'est tester.
Je le dis aux fondateurs qui me montrent leur produit. Je le dis aux boîtes qui veulent automatiser un bout de leur travail. Je le dis tellement que je n'avais jamais pensé à l'écrire ici.
Et mardi dernier, 23h, devant une facture que je regarde tous les mois, je me suis rendu compte que je ne me l'étais jamais appliqué à moi-même.
Le bouton
Dans un des logiciels que je développe pour le dentaire, il y a un bouton qui fait le gros du travail. Derrière ce bouton, un système d’IA. Avec l’une des IA les plus puissantes du marché.
Deux minutes d'attente, 1,20 $ à chaque clic.
Je l'avais choisie au début, comme on choisit un outil quand on démarre : le plus gros, le plus sûr, et on passe à autre chose. Puis les mois ont passé, le produit a grandi, et le bouton est resté tel quel. Personne ne remet en question ce qui marche.
C'est ça le piège, d'ailleurs. Pas l'ignorance. L'évidence. On connaît la règle, on l'expliquerait très bien à un ami, et on oublie de la regarder chez soi parce que chez soi, tout a l'air normal.
Alors j'ai fait le test que je conseille à tout le monde. Tous les modèles que je pouvais, dans tous les réglages possibles, sur mes vrais cas. Pas en lisant des classements. En les faisant travailler.
Résultat : 30 secondes, 0,13 $. Même qualité, souvent mieux.
Et le gagnant n'était pas Fable, ni Astra, ni aucun des noms qu'on cite quand on parle des "meilleures IA". C'était un modèle intermédiaire de Google, Gemini en version medium. Un modèle qu'on ne met sur aucune affiche.
La voiture
Une Ferrari, c'est objectivement une meilleure voiture qu'un pick-up de ferme.
Mettez-la sur un chemin de terre avec des bottes de foin, elle est ridicule. Et le pick-up, magnifique sur le chemin, devient absurde le jour où vous avez six enfants à emmener à l'école.
Il n'y a pas de meilleure voiture. Il y a la meilleure voiture pour aller où vous allez.
Les IA, c'est pareil. Les gros modèles sont champions de la réflexion difficile, des problèmes ouverts, des questions où il faut vraiment penser. Ma tâche ne demande rien de tout ça. Elle demande de lire beaucoup de règles, de les respecter toutes sans en oublier une, et de livrer un résultat propre.
Un bon exécutant discipliné. Pas un génie.
Et le génie, quand on lui demande un travail d'exécutant, réfléchit trop, prend son temps, et vous le facture.
Ce que ça change pour vous
Si vous utilisez l'IA au quotidien, pour écrire, résumer, réfléchir à voix haute, préparer un rendez-vous, avec ChatGPT, Claude, Mistral ou un autre : ne vous cassez pas la tête. Vraiment. Ils sont tous très bons pour ça, et l'écart entre eux ne changera rien à votre journée. Prenez celui qui vous plaît et avancez.
Si c'est pour automatiser quelque chose dans votre métier ou votre structure ou développer un produit, une tâche qui va tourner cent fois par jour sans vous : là, ça compte. Chaque exécution répète l'écart. Une Ferrari pour aller chercher le pain une fois, c'est un caprice. Trois cents fois par jour, c'est un trou dans le budget.
Dans ce cas, il faut tester. Plusieurs modèles, plusieurs réglages, sur vos vrais cas. C'est un travail d'ingénieur, je ne vais pas prétendre le contraire. Mais si quelqu'un s'en occupe pour vous, un prestataire, un freelance, quelqu'un en interne, vous n'avez qu'une seule question à poser :
"Tu as comparé ?"
Si la réponse est non, vous conduisez probablement une Ferrari dans un champ.
Je sais de quoi je parle. J'ai fait le plein pendant des mois.
Salim





